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par | Juil 1, 2024

L’IA en photo, révolution ou illusion ?

L’intelligence artificielle (IA) n’est plus une simple curiosité technologique ; elle s’est immiscée au cœur même de la création photographique, redéfinissant, au passage, les frontières de l’art et de la retouche.

Plus qu’un simple gadget, elle apporte une vague d’innovations qui transforment la pratique des photographes et ouvrent des perspectives créatives.

Mais cette révolution est-elle sans zones d’ombre ?

IA, l’alliée des photographes ?

L’IA offre aux photographes, amateurs comme professionnels, des avantages concrets qui en font un outil.

Le premier point concerne le gain de temps et l’optimisation du flux de travail. En effet, l’IA automatise des tâches chronophages et répétitives.

Imaginez un logiciel qui effectue pour vous le culling (le tri des meilleures prises après une séance), qui groupe automatiquement les portraits par personne ou qui réalise des masquages complexes (détourer une chevelure, par exemple) en un seul clic.

Ce temps libéré permet aux photographes de se consacrer à ce qui compte vraiment : la prise de vue, la composition et la direction artistique.

Dans le secteur des améliorations techniques, les algorithmes d’IA, entraînés sur des millions d’images, analysent une photo en profondeur pour en corriger les défauts.

Ils réduisent le bruit numérique sur une photo prise en basse lumière avec une efficacité redoutable. Ils sont capables également d’augmenter la netteté d’un visage légèrement flou ou encore d’optimiser l’exposition et la balance des blancs pour un rendu final impeccable.

Sur le point de la créativité, l’intelligence artificielle est plus qu’un correcteur, c’est aussi un outil au service de votre créativité.

Des outils comme le « remplissage génératif » permettent de supprimer un élément gênant ou d’étendre le cadre d’une photo en inventant ce qui se trouvait hors champ.

On peut désormais transformer une photo de jour en scène nocturne, changer les saisons ou même créer des effets spéciaux à partir d’une simple description textuelle (un « prompt »).

En proposant des suggestions de retouches, des filtres originaux et des effets artistiques inattendus, l’IA encourage l’expérimentation.

Elle peut analyser le style d’un photographe célèbre et proposer de l’appliquer à vos propres clichés, vous invitant ainsi à explorer de nouvelles pistes créatives.

Quelques outils pour transformer vos images

De nombreux logiciels intègrent désormais l’IA, voyons ensemble quelques exemples.

Les plus connus Adobe Photoshop & Lightroom !

Adobe a intégré l’IA au cœur de ses logiciels. Des fonctionnalités comme Generative Fill et Generative Expand permettent de reconstruire ou d’agrandir des images de manière cohérente. Les neural filters offrent une palette d’effets bluffants (changement d’expression, colorisation de photos anciennes) tandis que les outils de masquage intelligents détectent et sélectionnent automatiquement le ciel, les sujets ou les arrière-plans.

Ensuite, vous pourriez tester Luminar Neo de Skylum. Ce logiciel a été conçu autour de l’IA. Son ambition est de simplifier la retouche complexe. En quelques clics, des outils comme « Sky AI » remplacent un ciel terne par un ciel spectaculaire en adaptant l’éclairage de toute la scène ou encore « Portrait Bokeh AI » qui simule un flou d’arrière-plan se rapprochant d’un objectif professionnel.

Il y a également Topaz Labs (Gigapixel AI, DeNoise AI). Cette suite de logiciels est spécialisée dans l’amélioration technique. Gigapixel AI peut agrandir une image de faible résolution en recréant des détails tandis que DeNoise AI est reconnu comme super outil pour éliminer le bruit numérique sans sacrifier la netteté.

Puis il vous trouverez les incontournables Midjourney & DALL-E. Au-delà de la retouche, ces IA génératives créent des images photographiques à partir de simples descriptions textuelles. Elles repoussent la définition même de la photographie, en produisant des « clichés » de scènes qui n’ont jamais existé.

► La face cachée de l’IA

Si l’intelligence artificielle offre des possibilités nouvelles, abordons la avec un regard nuancé. Il est indispensable de comprendre ses limites fondamentales ainsi que les risques qu’elle comporte.

L’IA ne crée pas, elle réinterprète !

C’est certainement la nuance la plus importante ! Une IA est une formidable machine à recombiner pas à inventer ex nihilo.

Son fonctionnement repose sur l’analyse de gigantesques bases de données existantes (des millions de photos, de peintures, de textes…). Lorsqu’elle « crée » une image, elle ne fait que proposer une sorte de mosaïque statistique de tout ce qu’elle a appris.

► Cette dépendance aux données existantes a deux conséquences majeures.

  1. Le risque de standardisation ! Si tous les photographes utilisent les mêmes outils d’IA, entraînés sur les mêmes corpus d’images, on risque de voir émerger une esthétique dominante, lissée et uniforme au détriment de la vision unique et de l’authenticité de chaque artiste.
  2. La reproduction des biais car l’IA apprend de nos données. Si ces données contiennent des biais (sociaux, culturels, de genre), l’IA les reproduira et les amplifiera. Une IA entraînée majoritairement sur des images occidentales aura du mal à représenter correctement d’autres cultures.

L’artiste allemand Boris Eldagsen a parfaitement illustré ce débat en remportant un prestigieux prix au Sony World Photography Awards 2023 avec une image entièrement générée par IA, avant de refuser la récompense. Il a déclaré : « Les images IA et la photographie ne devraient pas être en compétition l’une avec l’autre dans un prix comme celui-ci. Ce sont des entités différentes. L’IA n’est pas la photographie. »

Dérive du « Deepfake » ► quand l’IA sert à tromper

La puissance de l’IA pour manipuler le réel ouvre la porte à des dérives éthiques graves notamment le phénomène des deepfakes (ou hypertrucages).

Il s’agit de montages vidéo ou photo ultra-réalistes où le visage ou le corps d’une personne est remplacé par un autre ou bien où des paroles qui n’ont jamais été prononcées sont mises dans sa bouche.

Nous pouvons craindre de la désinformation et de la manipulation politique avec la création de fausses déclarations de responsables politiques pour semer le chaos ou influencer une élection.

Quant à l’usurpation d’identité, il faut redouter l’utilisation de l’image et de la voix d’une personne à des fins malveillantes.

Sur le sujet de la pornographie non consensuelle, c’est l’une des utilisations les plus répandues et les plus destructrices. Le visage de personnes (majoritairement des femmes) est intégré dans des vidéos pornographiques.

Cette technologie brouille la frontière entre le vrai et le faux menaçant la confiance que nous plaçons dans l’image comme preuve ou témoignage.

L’IA, un outil au service d’une intention

L’IA n’est ni bonne ni mauvaise en soi ; elle est un amplificateur. Elle peut amplifier la créativité d’un photographe, lui permettre de concrétiser des visions impossibles auparavant et démocratiser l’accès à des retouches de haute qualité.

Mais elle peut aussi amplifier les biais, standardiser l’esthétique et devenir un outil de manipulation redoutable.

La véritable place du photographe à l’ère de l’IA n’est plus seulement dans la maîtrise technique de son appareil mais dans la force de son intention, la clarté de sa vision et sa responsabilité éthique.

L’IA doit rester ce qu’elle est : un outil extraordinairement puissant au service de l’humain et non un substitut à son regard, à son âme et à son esprit critique.

L’avenir de la photographie ne dépendra pas de la performance des algorithmes mais de la sagesse avec laquelle nous choisirons de les utiliser.

IA en photo, Création BM Pix'Art photographe pro Béthune / Lille / Arras

Je suis Matthieu de BM Pix’Art, je suis photographe pro basé à Béthune dans les Hauts-de-France.

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